Né en Afrique, au Congo Brazzaville, d'un père ingénieur en travaux publics je voyage depuis l'enfance. Ponctuée de passages en France, à Blois, ma scolarité s'est effectuée de par le monde : une demi-année de maternelle au Nigéria, quatre ans au Venézuéla, à Caracas, dont trois dans une école primaire française au Colegio Francia, mais aussi une dans une école vénézuélienne, le Colegio San Antonio, où j'étais le seul Français, avec cours en espagnol, je garde un excellent souvenir de mes camarades de classe vénézuéliens de l’époque, trois ans en Angleterre à Folkestone au Dover College Preparatory school, une 1ère littéraire au Französisches Gymnasium de Berlin.
De tous ces pays, bien qu'étant une destination peu touristique à part dans les pays hispanophones, le Vénézuéla est certainement le pays qui a laissé la marque la plus vive dans mon cœur, un climat absolument parfait pour moi à Caracas, toujours chaud mais jamais étouffant grâce à l'altitude, une faune et une flore magnifiques et incroyablement variés (franchement c'est quoi cette ridicule propagande de l'éducation nationale Française qui consiste à faire croire aux élèves du primaire que la France est le pays le plus varié au monde? Je n'ai qu'une chose à dire à ceux qui ont écrit ces absurdités : voyagez! Entre les plages sublimes au sable blanc et cocotiers sur de petits ilots accessibles en bateau à moteur, les impressionnantes cascades gorgées d'eau, une jungle extraordinaire et très fournie, dont une partie n'est autre que l'Amazonie, les Andes avec son climat beaucoup plus frais, et ses habitants aux ponchos colorés, souvent accompagnés de lamas, les Tepuys, ces très hautes montagnes au sommet plat et aux pentes abruptes où l'on trouve des espèces animales et végétales qui leur sont uniques, les nombreuses espèces animales spectaculaires et parfois uniques - chiguire, hoatzin, paresseux, tapirs, toucans, perroquets, oiseaux mouches, caïmans, etc.- le Vénézuéla n’a vraiment rien à envier à la France en termes de diversité, ce serait même plutôt l’inverse).
Cette enfance n’a pas toujours été facile, cela signifiait devoir se faire de nouveaux amis à chaque nouveau départ, pour un enfant garder le contact est chose presque impossible, d’autant qu’à l’époque il n’y avait pas internet, partir signifiait ne plus jamais revoir ses camarades de classe, et devoir tout recommencer à zéro à chaque fois. Pas vraiment considéré comme un Français en France, de par mon expérience hors du commun, impliquant une culture et une vision du monde différente, c’était pourtant bien en tant qu’étranger que j’étais accueilli dans les autres pays où j’allais, et les destinations de moins en moins exotiques de mon père ne m’aidaient pas à voir les choses du bon côté. Moi qui aimais la chaleur, j’allais de pays plus froid à pays plus froid, pour finir avec le climat continental de Berlin… Ironie du sort, à peine sorti du cycle scolaire pour étudier, mes parents allaient en Corée, à Séoul, une ville où j’aurais adoré faire une année de lycée, certes le climat y est aussi rude en hiver qu’à Berlin, bien que l’été y soit presque tropical (pluie incluse), mais quelle différence culturelle… J’ai tout de même eu la chance d’y aller deux fois, en tout un mois et demi.
Avec du recul j’ai eu beaucoup de chance dans mon enfance, ce type d’expérience ouvre l’esprit. J’ai fait mes études en France, aspect financier oblige, une année à Nice puis plusieurs années à Poitiers, une très belle ville. Quand est venu le temps de chercher du travail, mon réflexe a été comme pour beaucoup de jeunes Français d’aller à Paris, je rêvais de trouver un travail qui me permette de voyager, mais mon secteur d’activité, le graphisme, ne le permet pas vraiment, quand à m’installer directement à l’étranger, ça ne me semblait pas vraiment être une option non plus, les pays permettant un salaire correct dans mon secteur d’activité étant généralement les moins intéressants à découvrir. Dans ce contexte, après six ans à Paris et l’élection d’un président qui pour moi représente tout ce que la France peut avoir de pire, j’ai eu le sentiment d’étouffer. La montée du Front National en France, sa présence au deuxième tour des présidentielles, m’avait inquiété en 2002, sa quasi disparition lors des élections de 2007 encore plus, ça signifiait que la droite avait adopté suffisamment des idées de ce parti pour que ses électeurs votent pour elle. Je n’ai été rassuré ni par les discours antérieurs aux élections expliquant qu’il fallait nettoyer les cités au karcher, ni par celui de Dakar, juste après l’élection, qui indiquait que les Africains étaient responsables de leurs propres malheurs actuels, comme si la colonisation de l’Afrique et le découpage à la règle des pays qui la constituent, mélangeant artificiellement des peuples qui ne s’entendaient pas, n’étaient pas responsables des massacres inter-ethniques qui y sévissent aujourd’hui, entre autres.
J’ai donc décidé de me remettre à voyager, pour moi la découverte d’un pays ne se faisant pas en y passant quelques jours de vacances mais en y vivant, plusieurs mois, afin de s’immerger dans la culture. Pour l’instant ça s’est concrétisé par un Working Holiday Visa d’un an en Australie. Après, qui sait ? Malheureusement la réalité économique ainsi que les limitations quant aux visas qu’il est possible d’obtenir ne me permettent pas d’aller où je veux et quand je veux, alors on verra.